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21 fév 2017

Volkswagen toujours à plein régime...

Volkswagen numéro un mondial malgré le « dieselgate » : Michel Albouy, de l'équipe Finance analyse pour nous le cas d'école dans sa tribune dans The Conversation

Malgré le scandale des moteurs diesels truqués, Volkswagen, maison mère de 12 marques automobiles dont Audi, Bentley, Porsche, Seat, Skoda, est devenu le premier constructeur mondial en 2016 devançant le japonais Toyota. Sur l’année 2016, le géant allemand a écoulé 10,3 millions de véhicules (+ 3,8 %), contre 10,1 millions pour son concurrent. De son côté l’alliance Renault-Nissan a vendu 8,8 millions de véhicules dans le monde (dont 3,2 pour Renault).

Une telle nouvelle ne peut laisser personne indifférent car elle montre clairement que les consommateurs sont loin d’avoir sanctionné le constructeur allemand. En continuant à acheter VW ils affichent clairement que leur principale préoccupation n’est pas de sauver la planète mais bien de satisfaire leur satisfaction individuelle en roulant dans des berlines et autres crossover propulsés par de gros moteurs diesels, éventuellement plus polluants que ce qu’annonce le constructeur.

Un cas pour les enseignants-chercheurs en sciences de gestion

Le scandale des moteurs truqués recouvre plusieurs thématiques de sciences de gestion. Au premier chef, cela concerne le management des entreprises avec l’organisation de la fraude en interne. Comment une entreprise de la taille de Volkswagen a pu organiser et gérer un tel comportement délictueux qui impliquait autant de nombreuses personnes ?

C’est une question récurrente dans toutes les entreprises qui fraudent, que ce soit sur leurs comptes (Enron, Daewoo et bien d’autres) ou sur la qualité de leurs produits comme les constructeurs automobiles (ils ne sont pas les seuls malheureusement). Dans le cas de Volkswagen, ce qui est intéressant c’est que même le système de la cogestion à l’allemande n’a pu empêcher cette dérive. Au départ la thèse défendue par le groupe était que la fraude avait été organisée par quelques ingénieurs isolés. Mais cette thèse est tombée à la suite des perquisitions ordonnées par le parquet de Brunswick et l’ex-patron de Volkswagen Martin Winterkorn a été émis en cause pour soupçon de fraude car il aurait été informé que les moteurs étaient truqués.

La fraude sur la qualité des produits concerne également le marketing et la réaction des consommateurs suite à la révélation du mensonge. A l’heure de l’exigence d’éthique et de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) on pourrait s’attendre à des réactions négatives, voire de boycottage, à l’égard d’entreprises qui n’hésitent pas à violer les lois.

Enfin, et parce que tout fini par des chiffres, la fraude concerne les financiers et les actionnaires. Ces derniers sont in fine sanctionnés par de tels scandales car la valeur de leur patrimoine se retrouve amputée de la baisse de l’action en bourse. Il n’est pas de leur intérêt à long terme d’avoir des dirigeants qui trompent leurs clients.

Inutile de dire ici que la fraude concerne également les juristes d’entreprises qui vont se charger d’éteindre l’incendie et de négocier des accords avec la justice (notamment américaine) afin de limiter les pénalités. Bref, le cas Volkswagen n’a pas fini de passionner les enseignants-chercheurs en sciences de gestion et de servir d’illustration dans les business schools.

Das Auto. William Brawley/Flickr, CC BY

Un grave problème de réputation

Les dirigeants d’entreprises savent bien que la réputation est un actif fondamental. Cette réputation concerne tout autant les questions éthiques, sociales, environnementales ou de gouvernance. En cas de défaillance, elle peut avoir des répercussions très importantes sur la valorisation de la société et donc impacter le patrimoine des actionnaires. La réputation (bonne ou mauvaise) étant un élément clé de la valeur d’une société auprès de ses clients et par voie de conséquences pour ses actionnaires, les dirigeants sont tenus de veiller à l’image de marque de leur entreprise.

Avec l’avènement d’Internet et son corolaire la mondialisation, le pouvoir de nuisance des lanceurs d’alerte s’est démultiplié : impossible pour une entreprise qui ne respecte pas un minimum d’éthique en Asie, en Amérique latine ou en Afrique de cacher ses mauvaises actions à ses clients et ses actionnaires en Europe ou aux Etats-Unis. Les grands fonds d’investisseurs ne s’y sont pas trompés : ils demandent d’en savoir plus sur la réputation des entreprises. Ce qu’ils veulent éviter c’est de voir une controverse inattendue éclater et qui aurait un fort impact sur la valorisation de la société dans laquelle ils ont investi.


Lire la suite  : La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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Michel Albouy

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