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14 nov 2016

Leçon de management de l’innovation selon Bob Dylan

L’innovation n’est pas seulement radicale elle est aussi progressive pour réajuster, améliorer l’existant. Mark Smith dans un article de The Conversation, analyse le parcours de Bob Dylan et montre comment il est un acteur de l'innovation permanente.

Quand Bob Dylan s’est vu remettre le prix Nobel de Littérature, nombreux ont été ses fans de longue date à avoir eu la même pensée : il était temps. Difficile d’ignorer la contribution d’un artiste surfant sur une vague créative depuis plus de cinquante ans. Il paraît normal qu’il soit alors le premier auteur-compositeur à être récompensé par le Comité Nobel.

Et pourtant, la contribution de Dylan est tellement plus que cela. C’est un chanteur et poète qui a défié la catégorisation, qui s’est accroché à la vision qu’il avait de ce qu’il voulait faire et qui n’a jamais cessé d’innover. Qu’est-ce que cela nous enseigne ?

Le courage et la vision

L’innovation n’est pas pour les faibles. Il y a des pressions considérables dans la société ainsi que dans les organisations pour le maintien du statu quo. La simplicité de ce qui nous est familier est une force puissante. Dylan n’a jamais eu peur de rompre avec le passé et avec ce qui fonctionnait déjà avant.

Les premiers albums de Dylan se caractérisaient par sa présence en tant qu’artiste solo avec une guitare acoustique et un harmonica. C’est ainsi qu’il a percé au début des années 60 au sein du mouvement folk à New York. Puis, son cinquième album en studio Bringing It All Back Home (1965), proposa une face acoustique et une face électrique – c’était l’époque du vinyle – et commença à saisir les opportunités créatives offertes par les instruments électriques. À l’époque, tous ses fans n’ont pas apprécié, mais cela a donné plus tard des albums cultes comme Highway 61.

Parfois, le public ne sait pas ce qu’il veut. Que ce soit face aux clients, aux employés ou aux parties prenantes, une forte dimension d’impulsion à l’innovation vient de l’imagination et du leadership novateur de ceux qui dirigent les organisations. Savions-nous qu’il nous manquait le smartphone avant qu’il ne devienne partie intégrante du quotidien du XXIe siècle ? Dylan n’a pas peur de défier ses publics.

Quand il est monté sur scène avec un groupe et une guitare électrique en deuxième partie de son concert au Free Trade Hall de Manchester en 1966, ce fut un de ces moments. Son public s’est montré ouvertement hostile, mais cela a ouvert une nouvelle période créative et inspirée de sa musique sans laquelle nous n’aurions jamais eu l’album John Wesley Harding (1967) et l’une des plus grandes chansons rock de tous les temps « All Along the Watchtower ».

Innovations radicales et progressives…

L’innovation n’est pas seulement une question de changements importants ou de bonds technologiques en avant. Une part importante de l’innovation consiste à modifier légèrement, ajuster et améliorer progressivement.

Cela mène à des produits et des performances améliorés, à des systèmes efficaces ou à des procédés qui sont tout simplement parfaits. La preuve en est le succès des systèmes de fabrication japonais ou de la Team Sky dans le Tour de France, grâce à la recherche continue de petites améliorations. Dylan est en « Never ending tour » (Tournée perpétuelle) depuis 1988 et pourtant, quiconque se rend à ses concerts sait que les chansons ressemblent rarement à celles que l’on adore dans ses albums.

Dylan et son groupe insistent pour retravailler, réviser et remodeler de vieilles chansons souvent loin de leur formulation originelle. Même pour les fans purs et durs, il n’est pas toujours évident de reconnaître certains des titres retravaillés jusqu’au moment où on entend le début des paroles.

L’innovation requiert également de considérer le problème à partir d’un autre angle. C’est uniquement en prenant du recul, en observant les choses avec un œil neuf ou « en sortant des sentiers battus » que les avancées peuvent voir le jour. En 2015, l’interprétation novatrice des chansons de Sinatra par Dylan dans Shadows in the Night a permis de saisir toute une gamme d’émotions et de profondeurs inédites dans ces titres. Comme le dit Dylan lui-même, il les a replacées dans le feu des projecteurs après qu’elles soient restées longtemps dans l’ombre des reprises faites par tant d’artistes.

Une grande partie de l’art de Dylan a précisément permis d’avoir une nouvelle approche de ce que nous attendons d’une chanson populaire, en s’attaquant à des sujets différents de ceux des autres musiciens. Sa contestation de la perversion du système judiciaire qui avait mené à l’emprisonnement de Rubin Carter dans la célèbre chanson « Hurricane » (1976) est un très bon exemple. Il n’a pas non plus hésité à s’attaquer aux divisions de classes, au racisme, à la religion, à la mondialisation et à l’exclusion sociale de même qu’à des thèmes plus traditionnels sur l’amour, mais à chaque fois avec son propre point de vue sur les mariages, les aventures d’un soir, les insécurités masculines ou les séparations.

Même à l’intérieur d’une seule chanson, il a la capacité de présenter les choses de façon innovante. Dans le titre « Tangled up in Blue » (1977) par exemple : l’histoire d’une aventure amoureuse racontée aux temps passé, présent et futur, le tout mélangé de façon à capturer la souffrance et la joie d’un amour qui s’étale sur dix ans de sa vie. Comme dans une peinture cubiste, on ne sait ce qui se trouve en haut, en bas, à gauche ou à droite, mais on sait que l’on est absorbé dans une histoire passionnée et l’on ressent les émotions d’une aventure amoureuse qui a changé la vie de Dylan.


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