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09 jan 2017

Comment réussir sa fuite ?

La fuite est assimilée à un manque de courage. Dans leur article de The Conversation Raffi Duymedjian et Isabelle Patroix montrent les vertus de la fuite. Elle n'est pas un renoncement mais plutôt  une tactique, une nouvelle forme de combat.

Notre culture n’apprécie guère la fuite, quelles que soient les formes qu’elle prend. Notre culte de l’héroïsme ne supporte pas celui qui détale face à l’adversité, face au danger. La fuite manifeste la lâcheté ou la déficience de celui qui rompt le combat, abandonne le champ de bataille, cède devant la force de l’ennemi. Elle relève d’une faiblesse du courage – vertu que Platon, déjà, définissait comme vertu cardinale au côté de la tempérance, de la prudence et de la justice.

Notre culture technicienne déteste quand « ça fuit ». Car « ça fuit » dévoile une faiblesse du dispositif technique de contrôle due à une erreur de conception (cette cuve conçue avec un matériau inadapté qui laisse trop tôt apparaître ses premières fissures), à une vieillesse excessive (ce tuyau qui rouille puis cède), à ou à un sabotage intentionnel (que le système de surveillance du dispositif technique n’aura su contenir). Bref, « ça fuit » révèle une erreur humaine, pire, une faille de la raison concevante et contrôlante qui exige au plus vite colmatage et nettoyage (pensons à Léon de Luc Besson et au personnage de Winston Wolf, le « cleaner », joué par Harvey Keitel dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino).

Lâcheté ou imbécillité, la fuite est donc bien mal jugée. Elle l’est d’autant plus mal que, sous ces deux aspects, elle révèle l’absence de maîtrise d’une situation : le fuyard se débat dans les interstices d’un espace qu’il ne domine ni ne maîtrise, et dont il tente désespérément de se soustraire. Alors que l’esprit des Lumières n’avait cessé de participer à une entreprise de maîtrise absolue de la nature, suivant le mot bien connu de Descartes, les fuites et fuyards de toute sorte nous rappellent sans cesse que l’incertitude et l’indéterminé sont loin d’avoir disparu et que les conditions de notre impuissance sont omniprésentes.

… en passant par le « fuyard-héroïque »…

Et pourtant… Nous ne saurions compter le nombre de situations de fuite qui parsèment des films aussi héroïques ceux de la saga Star Wars ou des Indiana Jones ? Plus encore, certains personnages passent l’essentiel de leur temps à fuir plus fort qu’eux, tel MacGyver qui, se donnant pour principe de ne jamais utiliser d’armes à feu, détale souvent devant l’adversité.

Or, cette fuite n’est pas un abandon, un renoncement. Elle est une tactique, la tactique du « faible » qui évite l’affrontement direct pour saisir des voies détournées pour arriver à ses fins.

Jackie Chan illustre parfaitement cet éloge du combat par la fuite en en faisant un style à part. Il se débarrasse de ses adversaires progressivement, au cours de sa fuite, par des pichenettes ici ou là portées sans véritable combat. Il en est ainsi quand le policier joué par Jackie Chan se trouve pris dans une attaque à main armée alors qu’il déambule dans un centre commercial. Seul face à de nombreux assaillants, il parvient à les défaire « sans le vouloir », en se jouant d’eux à travers des « moyens du bord » aussi divers qu’une poussette, un escalator, un ascenseur, une grand-mère et des caisses en bois.


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… aux vertus de la fuite

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